

Le Pacte de Milan sur la politique alimentaire urbaine :
Le Forum régional d'Amérique du Nord et d'Amérique centrale renforce la dynamique municipale en faveur de la collaboration dans le domaine des systèmes alimentaires
par Patricia Ballamingie, Moe Garahan et Alison Blay-Palmer
14 juillet 2026
Le Pacte de Milan pour la politique alimentaire urbaine (Pacte de Milan), lancé lors de l’Expo Milano 2015, est un accord international volontaire entre des villes du monde entier visant à « développer des systèmes alimentaires durables, inclusifs, résilients, sûrs et diversifiés ».
À l’heure actuelle, 330 villes signataires se sont engagées à promouvoir l’équité, la durabilité et la résilience de leurs systèmes alimentaires urbains [dont six villes canadiennes : Vancouver (2015), Toronto (2015), Montréal (2017), Guelph (2021), Halifax (2023) et Vaughan (2025)].
Ce pacte mondial témoigne de l’engagement des collectivités locales et met en relation celles-ci à travers le monde grâce à sa plateforme en ligne, afin de partager les bonnes pratiques et d’inciter les dirigeants municipaux et les acteurs de la société civile à renforcer leurs capacités et à faire progresser davantage leurs systèmes alimentaires locaux.

Le tableau de bord du Pacte de Milan offre un aperçu de la participation et de l’impact
Le Pacte de Milan incarne l’adoption d’une approche intégrée et holistique des systèmes alimentaires
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Le cadre d’
s d’action du Pacte de Milan repose sur six piliers

Chaque pilier s’accompagne d’un ensemble spécifique de mesures, ainsi que d’indicateurs associés permettant de mesurer les progrès réalisés au fil du temps. Par exemple, le pilier « Gouvernance » vise à renforcer la participation et la collaboration entre les agences et les services municipaux, à associer un large éventail de parties prenantes à la politique et à la planification alimentaires, à recenser les initiatives et pratiques alimentaires locales, à élaborer ou à actualiser les stratégies en matière de politique alimentaire, à améliorer les systèmes d’information multisectoriels et à mettre au point des stratégies d’atténuation des risques de catastrophe.
Les Milan Pact Awards, décernés chaque année, récompensent des réalisations exceptionnelles dans diverses catégories liées aux systèmes alimentaires durables. Ces catégories ont été choisies afin de mettre en avant des initiatives à différentes échelles, d’englober une diversité de pratiques et de refléter une large représentation régionale. Parmi les lauréats canadiens figurent : Vancouver (2022) pour son « Plan de Vancouver » relatif aux systèmes alimentaires à l’horizon 2050 ; et Guelph (2022) pour ses actions en matière de récupération alimentaire et de réduction des déchets.
Tout premier forum régional de l'Amérique du Nord et de l'Amérique centrale
Du 10 au 11 mars 2026, le tout premier Forum régional d’Amérique du Nord et d’Amérique centrale s’est tenu à Austin, au Texas. Des responsables municipaux, des défenseurs de la politique alimentaire et des professionnels ont partagé des pratiques et des stratégies innovantes visant à susciter le changement. S’appuyant sur la déclaration finale du Forum mondial du MUFPP de 2025, les participants ont poursuivi leurs travaux tout au long de l’été afin d’élaborer la feuille de route régionale pour les deux prochaines années, dans le but : de mettre en place un réseau transnational autonome regroupant plus de 50 villes ; de créer une dynamique collective grâce à une collaboration visant à instaurer des systèmes alimentaires durables, résilients et équitables ; développer les programmes nationaux de restauration scolaire ; et préparer le prochain forum régional prévu en 2028. Ces objectifs seront poursuivis grâce au leadership opérationnel stratégique d’une équipe régionale de coordination, au partage des connaissances et aux échanges régionaux fondés sur des données, à une communication coordonnée pour soutenir le plaidoyer, ainsi qu’à une collecte de fonds collaborative. Le Food Communities Network facilitera l’intégration des villes canadiennes dans ces travaux.
Pourquoi l'adhésion au Pacte de Milan est-elle si opportune ?
Au Canada, l’insécurité alimentaire des ménages a atteint des niveaux records, touchant une personne sur quatre, les enfants représentant un client sur trois des banques alimentaires, selon Food Banks Canada. Parmi les facteurs à l’origine de cette insécurité alimentaire figurent des revenus insuffisants et un accès inéquitable à la terre et à l’eau pour la production alimentaire, tant au niveau des ménages que des communautés, ce qui a des répercussions disproportionnées sur les peuples autochtones. Passant de l’échelle locale à l’échelle mondiale, Kerr et al. (17 mars 2025) soutiennent que les tensions géopolitiques (allant des menaces tarifaires à la guerre) et la précarité des chaînes d’approvisionnement mondiales qui en résulte exigent un changement politique urgent afin de favoriser des systèmes alimentaires locaux plus résilients, parmi lesquels figurent en tête de liste de meilleures infrastructures et un approvisionnement accru. Les auteurs identifient en outre des obstacles du côté de l’offre pour les petits producteurs. Foster et al. (18 mars 2025) vont même jusqu’à affirmer que la défense nationale doit être élargie au-delà de la puissance militaire et de la préparation civile pour inclure la solidité et la résilience de notre système alimentaire.
Le Pacte de Milan offre un cadre politique global indispensable, au sein duquel des initiatives plus locales peuvent s’inscrire pour faire face à ces influences de grande envergure. L’approche du Pacte répond à l’appel lancé par Foster et al. visant à rendre les systèmes alimentaires canadiens « résistants aux crises », en commençant au niveau municipal. Il met en avant la réflexion sur les systèmes alimentaires dans l’urbanisme, plutôt que de continuer à la traiter comme un élément secondaire dans l’élaboration des politiques. Cela peut à son tour servir de levier pour faire évoluer les systèmes alimentaires, en incitant les villes à réaliser des progrès plus significatifs, en encourageant les collectivités locales à adopter une perspective axée sur les systèmes alimentaires à l’échelle de la ville-région, et en dynamisant l’action locale.
Les meilleures politiques s’articulent à tous les niveaux (du niveau local au niveau régional, national et international, et inversement). Le Pacte de Milan relie les structures locales ancrées dans la pratique, dans des contextes variés (économiques, sociaux, politiques, géographiques), à une communauté mondiale de pratiques.
Le partenariat « Food Learning and Growing » (FLOW) (Blay-Palmer et al., 2026) a identifié les travaux relatifs à la stratégie alimentaire à l’échelle de la ville et de la région comme une capacité fondamentale, essentielle à la transformation des systèmes alimentaires, et apporte son soutien à « Alimentation Juste » à Ottawa ainsi qu’au Conseil du système alimentaire de Montréal – Le Conseil du Système alimentaire de Montréal dans leur rôle de chef de file en matière de stratégie alimentaire. Ces acteurs ont un rôle de premier plan à jouer dans l’élaboration de stratégies et d’indicateurs, compte tenu de leur expertise et de leur ancrage au sein de la communauté. Par ailleurs, le Food Communities Network – Réseau Communauté Nourricières (FCN-RCN) a élaboré une boîte à outils pour les stratégies alimentaires afin d’accompagner les collectivités d’un océan à l’autre (voir p. 55 pour accéder à une ventilation des politiques alimentaires par catégorie à la date de 2021 ; une mise à jour est en cours et paraîtra en 2027).
Le Pacte de Milan constitue un signal fort de l'engagement des collectivités locales
Les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en place de systèmes alimentaires justes et durables, le Pacte de Milan constituant l’un des principaux cadres de référence, souvent associé à d’autres cadres, notamment : la souveraineté alimentaire des peuples autochtones, le Programme sur les systèmes alimentaires des villes et des régions de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le réseau C40 Cities, entre autres.
Au-delà des six villes signataires du Pacte, on constate des absences notables, tandis que dans de nombreuses autres villes, des acteurs de la société civile mènent actuellement des actions pour demander que leur ville y adhère.
Alors, chères villes canadiennes, qui sera la prochaine à signer le Pacte de Milan ?
Patricia Ballamingie est professeure au département de géographie et d’études environnementales/Institut d’économie politique de l’université Carleton à Ottawa, en Ontario (Canada).
Moe Garahan est coordinatrice des partenariats au sein du Food Communities Network – Réseau Communauté Nourricières (FCN-RCN), hébergé par Alimentation Juste, et co-responsable communautaire de la région d’Ottawa pour le partenariat FLOW.
Alison Blay-Palmer est professeure et titulaire de la Chaire UNESCO sur les études relatives à l’alimentation, à la biodiversité et au développement durable à l’université Wilfrid Laurier de Waterloo, en Ontario (Canada).
Déclaration de transparence: Cette recherche, intitulée « Food Learning and Growing (FLOW) Partnership », a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada au titre d’une subvention de partenariat. Elle est dirigée par le Dr Alison Blay-Palmer, avec Patricia Ballamingie en tant que co-chercheuse et Moe Garahan en tant que partenaire communautaire.

